Droit d’auteur : les tergiversations d’OpenAI après le lancement de Sora, son application de vidéos générées par IA Des vidéos mettant en scène des personnages protégés par le droit

d’auteur ont envahi la Toile depuis le lancement, la semaine dernière, de l’application Sora. OpenAI a annoncé de futures garanties pour les ayants droit. Publié aujourd’hui à 13h12 Temps de Lecture 2 min.

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Dans cette image générée par intelligence artificielle avec l’application Sora, Pikachu est interpellé, au volant, par la police.

Pikachu, Ronald McDonald, Eric Cartman… Depuis le lancement de l’application Sora, des vidéos générées par intelligence artificielle (IA) mettant en scène des personnages soumis au droit d’auteur ont envahi les réseaux sociaux. Mardi 30 septembre, OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT, dévoilait cette plateforme aux faux airs de TikTok, entièrement consacrée à la création et au visionnage de séquences générées par IA. Accessible uniquement sur invitation (et indisponible en France pour le moment), Sora a pris la tête des applications les plus téléchargées de l’App store américain.

La veille de son lancement, le Wall Street Journal laissait entendre qu’un sérieux problème de copyright risquait de se poser. Selon le quotidien américain, OpenAI avait pris contact avec des studios pour les informer que ce serait à eux de notifier l’entreprise s’ils ne souhaitaient pas que leurs personnages soient utilisés dans les vidéos – un système d’« opt-out ». Signifiant ainsi que, par défaut, Sora permettrait de mettre en scène n’importe quelle propriété intellectuelle.

Les utilisateurs de Sora s’en sont donc donné à cœur joie, produisant des vidéos humoristiques s’amusant de la situation – compilées par le site spécialisé TechCrunch. « J’espère que Nintendo ne va pas nous attaquer », déclare ainsi un avatar de Sam Altman, le patron d’OpenAI, devant un troupeau de Pokémon gambadant gaiement dans un pré. « J’aimerais que tu arrêtes d’entraîner ton IA sur moi », le supplie Bob l’éponge dans une autre séquence. « Génère-moi tant que tu peux », implore, sur une pancarte, Pikachu, tandis qu’une voix off juge « inévitable » l’interdiction prochaine de générer des Pokémon sur Sora.

« Fanfictions interactives »

Depuis le lancement de l’application la semaine dernière, aucun grand studio ne s’est manifesté publiquement. Mais samedi 4 octobre, Sam Altman a annoncé sur son blog personnel deux changements à venir dans la gestion du copyright. « Nous allons donner aux ayants droit un contrôle plus précis sur la génération de personnages », promet-il, évoquant, à l’adresse de ceux qui souhaitent rendre possible l’exploitation de leurs personnages, un système d’« opt-in » – par défaut, le consentement n’est pas donné –, « mais avec des options supplémentaires ». Le patron d’OpenAI ne donne ni détail ni date, mais assure que « beaucoup d’ayants droit sont très enthousiastes à l’idée de ce nouveau type de “fanfictions interactives” », et pensent que cela « peut leur apporter beaucoup de valeur (… ) Mais ils veulent pouvoir décider de la façon dont peuvent être utilisés leurs personnages (y compris pas du tout) ».

Avec sa deuxième annonce, Sam Altman espère les convaincre de coopérer : « Nous allons tenter de partager les revenus avec les ayants droit souhaitant que leurs personnages soient générés par les utilisateurs. » Une promesse très vague, puisque pour le moment Sora ne génère pas de revenus. La semaine dernière, OpenAI expliquait qu’elle ne monétiserait, dans un premier temps, que le droit de générer des vidéos supplémentaires en cas d’embouteillage lié à une forte demande.

Mais dans son billet de samedi, Sam Altman écrit : « Il va bien falloir trouver un moyen de faire de l’argent avec la génération de vidéos. Les utilisateurs produisent beaucoup plus de contenu que prévu, et nombre de vidéos sont générées pour de très petites audiences. » Le patron d’OpenAI reconnaît que « le modèle exact » n’est pas encore défini, et que cela lui rappelle « les premières heures de ChatGPT ». En attendant, l’entreprise a déclaré au Guardian que les ayants droit pouvaient remplir un formulaire pour signaler une atteinte au droit d’auteur. Et certains personnages semblaient avoir, lundi, disparu de l’application : les vidéos mettant en scène Pikachu ne sont par exemple plus accessibles, et il est impossible d’en générer de nouvelles, a pu constater Le Monde.

La question du droit d’auteur dans l’intelligence artificielle est extrêmement sensible, et au cœur de nombreuses affaires judiciaires. En juin, Disney et NBC Universal ont par exemple attaqué le générateur d’images par IA Midjourney, lui reprochant de permettre à ses utilisateurs de mettre en scène des personnages leur appartenant, comme Dark Vador ou les Minions.